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Contrôle d’accès : la sécurité se joue aussi quand tout s’arrête

Ouvrir avec son visage ou son smartphone, c'est la partie visible. L'installation doit aussi protéger ses droits d'accès, tenir face aux pannes et laisser toujours une sortie. Cybersécurité, certifications, alimentation secourue  : ce qu'il faut vérifier avant de livrer.

Contrôle d’accès : la sécurité se joue aussi quand tout s’arrête
Le mécanisme de serrure – pro est doté de capteurs de position et de vibration pour détecter immédiatement toute tentative de manipulation de la porte ou de l’appareil lui-même. © eQ-3

Un salarié quitte l’entreprise, on désactive son badge. Mais la centrale, hors ligne, a-t-elle reçu la consigne ? À la maison, la serrure a sa propre batterie, mais la box s’éteint. Peut-on encore entrer ? Pour l’installateur, la réponse suppose une chaîne cohérente, de la porte au compte administrateur, et des essais quand les conditions habituelles disparaissent.

Une porte, plusieurs fonctions à sécuriser

Notre dossier de juin 2025 mettait l’accent sur l’intégration domotique des accès. Pour la rendre fiable, il faut séparer trois fonctions : identifier un visiteur, l’autoriser à passer, déverrouiller la porte. Caméra, lecteur, centrale et serrure s’en partagent la charge, ensemble ou séparément. Leur architecture fixe les câbles, les alimentations et les points à protéger.
Chez EZVIZ, les EP3x Pro, DP2C, EP7 et EP8 Ultra sont des sonnettes, des judas ou des visiophones, les DL50 des serrures. Homematic IP fait la même séparation : la sonnette vidéo HmIP-CODB gère l’image et la conversation, le mécanisme de serrure – pro actionne le verrou. Mais attention : les voir réunis dans une application ne valide pas un scénario d’ouverture. Et une image ne prouve pas que la porte est verrouillée.

La menuiserie fixe les limites du projet

Une porte qui frotte oblige le moteur à forcer, vide la batterie et peut faire échouer le verrouillage. Avant la pose, on contrôle l’alignement, les gâches et la manœuvre du cylindre. Puis on calibre, et on teste porte fermée.
En rénovation, la Nuki Smart Lock Ultra remplace le cylindre par celui fourni. D’autres fabricants intègrent la motorisation dès la fabrication de la porte. Bel’M présente une serrure câblée en usine, avec transformateur et passage électrique, qui s’ouvre toujours mécaniquement en cas de coupure. Inotherm regroupe dans INOSMART lecteur, serrure motorisée, unité de commande et alimentation. Le raccordement se prépare alors avec le menuisier, avant les finitions.

Homematic IP pose son mécanisme de serrure – pro côté intérieur, sans remplacer le verrouillage en place. Le fabricant prévoit des cylindres à fonction d’urgence et anti-panique. Côté énergie, quatre piles LR6 ou accumulateurs NiMH HR6, pour une autonomie typique annoncée de 1,5 an. On peut définir jusqu’à huit autorisations par jours et horaires, avec dates de début et de fin. Des capteurs de position et de vibration repèrent les anomalies, que le système peut signaler par une notification et une sirène. Ces alertes complètent la protection mécanique, sans toutefois valoir certification de résistance à l’effraction.
Chez Pirnar, OneTouch fait sortir la barre de tirage après identification par empreinte. Reste à savoir comment saisir la porte quand la motorisation ne répond plus. Quel que soit le fabricant, il est donc important de demander les performances de la configuration complète, serrure et lecteur compris.

Certifications : demander ce qui a été évalué

Avant de changer un cylindre, on vérifie le certificat et les configurations admises. La certification d’un bloc-porte couvre l’ensemble : porte, huisserie et serrure, notamment. Remplacer un seul composant peut suffire à sortir du périmètre évalué. Et le nombre de points de fermeture ne prouve aucun niveau de certification.
Nuki annonce par exemple pour le cylindre de l’Ultra un classement SKG trois étoiles et la conformité aux normes EN 1303 et DIN 18252. Ces références portent sur le cylindre. Les présenter comme une certification A2P de la porte, ou comme une évaluation de toute l’application serait abusif. Une formule comme « chiffrement bancaire », utilisée entre autres par Techface, ne tient pas lieu d’évaluation documentée non plus.

CE, A2P, IP : trois repères différents

Le marquage CE atteste la conformité réglementaire, sans rien dire de la résistance au cambriolage. A2P évalue la résistance à l’effraction d’un produit ou d’un ensemble précis. IP renseigne sur la pénétration de la poussière et de l’eau, IK sur les chocs. Un indice IP65 ne garantit donc aucune résistance au piratage. Pour une évaluation cyber, on demande le périmètre, la version logicielle et la date des essais.

Cybersécurité : protéger toute la chaîne de commande

Le chiffrement n’empêche pas un compte administrateur compromis d’envoyer des ordres parfaitement valides. Le client reçoit son propre compte, avec un mot de passe unique et, si le service le permet, une authentification multifacteur (toujours vivement recommandé !). L’installateur ne garde que les droits utiles à son contrat. Sur le réseau, on sépare les accès des usages visiteurs et on protège l’administration à distance, sans exposer son interface directement sur Internet.
Centrale et relais se placent du côté protégé : démonter le lecteur extérieur ne doit pas suffire pour ouvrir. On vérifie la protection de sa liaison avec la centrale. La mention RFID ou NFC, à elle seule, ne dit rien de la résistance d’un badge à la copie.
Nuki décrit des commandes chiffrées de bout en bout et protégées contre leur réutilisation. Le fabricant fait la différence entre l’application et le service Nuki Web. Il faut donc savoir quelles données restent en local et quelles opérations passent par un serveur, sans promettre qu’aucun incident n’arrivera.

Des obligations européennes déjà concrètes

Depuis le 1er août 2025, des exigences de cybersécurité issues de la directive RED s’appliquent à certaines catégories d’équipements radio mis sur le marché, en particulier ceux qui peuvent communiquer sur Internet, directement ou via un autre appareil. Le périmètre s’examine produit par produit. Le lecteur Intratone SIMONE affiche par exemple une conformité « RED Cyber » : à rapprocher de la déclaration UE et de la référence effectivement installée.
Le Cyber Resilience Act raisonne, lui, sur tout le cycle de vie des produits numériques. L’essentiel de ses dispositions s’appliquera le 11 décembre 2027, mais l’obligation de signaler les vulnérabilités activement exploitées et les incidents graves est en vigueur depuis le 11 septembre 2026.
À l’achat, on demandera donc la durée de support, la politique de correction et la procédure de mise à jour. Qui installera les correctifs ? Que devient l’accès si le service ferme ? La porte durera souvent plus longtemps que l’application.

Biométrie : le confort exige un cadre

SwitchBot, vu au salon CES en début d’année, annonce pour le Keypad Vision Pro une reconnaissance du visage et de la paume, un stockage local des données biométriques et une protection contre les photos ou vidéos. Sur la DL50FVS Plus, EZVIZ combine visage et veines de la paume. Il faut absolument tester ces nouveaux procédés avec les utilisateurs, sous l’éclairage réel. Et il faut prévoir un autre moyen d’entrer et vérifier comment les gabarits sont supprimés.
Nous avions déjà abordé la biométrie dans le numéro d’automne 2023. Elle se lit aujourd’hui à travers le RGPD. Sur un lieu de travail, la CNIL demande de justifier son usage, de documenter les choix et de respecter son règlement type. Une analyse d’impact est obligatoire pour ces traitements, et le stockage local n’en dispense pas. Dans un bureau ordinaire, un badge suffit souvent. Les journaux d’accès doivent aussi avoir une finalité et une durée de conservation définies, et rester réservés aux personnes habilitées.

Hors ligne : l’accès et sa révocation n’ont pas le même délai

Sans connexion, qu’est-ce qui marche encore ? Le badge, le Bluetooth, un code, la vidéo, la création d’un droit ? C’est au fabricant de le préciser.
Ubiquiti indique que les identifiants déjà synchronisés dans un hub UniFi Access continuent d’ouvrir quand la console est indisponible. Un nouvel identifiant, en revanche, attend le retour de la liaison et sa synchronisation. Une révocation aussi doit atteindre le contrôleur : si un salarié part dans l’urgence, on vérifie que son accès est réellement coupé. Des droits qui expirent localement réduisent l’exposition, à condition que l’horloge soit fiable.
En habitat collectif, Intratone ICONE renvoie les appels sur smartphone, sans combiné dans les logements. SIMONE facilite le passage à VIGIK+ tout en conservant les badges résidents existants. Il faut alors distinguer l’accès local des services qui dépendent du réseau mobile, et mesurer la couverture sur site.

Alimentation secourue : raisonner jusqu’à la porte

Sur batterie, une serrure reste parfois utilisable à proximité alors que l’accès à distance tombe avec la box, la passerelle ou le routeur de bordure Thread. On recense donc tout ce qu’exige le service attendu : centrale, lecteurs, gâches, ventouses, commutateur PoE et réseau.
Une alimentation continue avec batterie peut suffire pour une centrale, un onduleur maintiendra le commutateur PoE et la box. Ubiquiti prévoit une batterie externe pour son Enterprise Access Hub, mais cette option ne vaut pas pour tous les hubs de la gamme. On vérifie le basculement en conditions réelles. La DL50FVS Plus dispose d’une entrée USB-C d’urgence, Nuki garde la clé mécanique. De quoi rentrer chez soi, pas de quoi secourir toute l’installation. Et la clé se range ailleurs que sous le paillasson devant la porte qu’elle ouvre.
La sonnette vidéo Homematic IP fonctionne sur batterie de 5 200 mAh, rechargeable par USB-C, ou sur alimentation fixe 12-24 V CA. La détection des personnes se fait en local, et les images peuvent être enregistrées sur carte mémoire microSD. Mais sans réseau, ni l’analyse locale ni la batterie ne garantissent l’accès vidéo à distance. Le secours se conçoit donc selon le service attendu, en respectant la notice de raccordement.

Dimensionner le secours en Wh

Une chaîne qui consomme 20 W pendant quatre heures demande 80 Wh utiles, avant pertes, vieillissement et marge. Une batterie 12 V de 7 Ah affiche 84 Wh nominaux. Sur le papier, ça passe ; en pratique, elle ne garantit pas quatre heures de service dans cet exemple. Il faut encore compter les appels de courant des moteurs, les tensions admissibles et les chutes de tension dans les câbles. Autre piège : une autonomie annoncée « jusqu’à six mois en veille », comme pour la sonnette Homematic IP, ne correspond pas à six mois d’enregistrement continu. Pour réceptionner le secours, on teste l’installation sous charge, avec les fonctions réellement utilisées.

Rester fermé à l’entrée, permettre la sortie

Sans alimentation, une gâche à émission reste en général verrouillée, alors qu’un dispositif à rupture libère le passage. Une entrée peut aussi rester verrouillée côté extérieur tout en laissant sortir mécaniquement depuis l’intérieur. Tout dépend du rôle de la porte.
Pour une issue de secours en ERP, les règles d’évacuation et les conditions de verrouillage s’examinent avec les acteurs compétents. Les articles CO 45 et CO 46 encadrent la manœuvre et le verrouillage des sorties de secours. Évacuer ne doit jamais dépendre d’un scénario domotique ou d’une commande cloud. Et l’alimentation de secours ne doit pas neutraliser le déverrouillage de sécurité prévu.

La réception doit inclure les pannes

À la réception, il faut tester un par un la coupure d’Internet, la perte du secteur, l’indisponibilité de la console et les moyens mécaniques. On contrôle les accès, les alertes, la sortie et le retour à la normale, sans jamais bloquer une issue en service. Le procès-verbal consigne les résultats et les procédures de secours ; le contrat précise qui suit les batteries, les mises à jour et les utilisateurs.

L’avis de SmartHome Electricien+

Un accès connecté se juge aussi le jour où un équipement s’arrête. Une mécanique adaptée, des droits maîtrisés, un support documenté et un secours testé : voilà ce qui fait la valeur du projet. À la réception, le professionnel doit pouvoir expliquer au client qui entrera, qui sortira, et comment l’installation réagira à chaque panne envisagée. Ce sont des questionnements importants, qui font que beaucoup d’utilisateurs restent encore réfractaires aux serrures connectées.


Plus d’articles à retrouver dans le numéro Smarthome Electricien+ d’octobre 2026 !