Pieuvre électrique préfabriquée : «L’électricien gagne du temps, sans perdre son savoir-faire»
Préparer en atelier une installation électrique complète à partir des plans du bâtiment, puis la livrer repérée et prête à poser : c’est le principe défendu par Sarvin Elec. Pieuvres électriques, tableaux préparés, appareillage, VMC, IRVE ou encore domotique peuvent ainsi être anticipés avant même l’arrivée sur le chantier. À la clé, moins de préparation, moins d’oublis et surtout un temps de pose considérablement réduit. Mais qu’en est-il de la marge de l’installateur et de son savoir-faire ? Nous avons posé la question à Vincent Gressard, directeur technique chez Sarvin Elec.
Une installation pensée avant d’arriver sur le chantier
Maison individuelle, logement collectif, petit tertiaire… Sarvin Elec part d’un principe simple : une grande partie du travail qui mobilise habituellement l’électricien sur le chantier peut être anticipée. À partir des plans, l’installation est étudiée par un bureau d’études puis préparée en atelier par son partenaire technique ADM. Gaines, conducteurs et départs sont dimensionnés et repérés, tandis que le tableau électrique peut lui aussi être préparé en cohérence avec la pieuvre.
L’entreprise va même plus loin en proposant l’appareillage, le coffret de communication, la VMC ou encore certains équipements liés à l’IRVE et à la maison connectée. Résultat : la pieuvre n’est plus le seul produit livré. Ce qui arrive sur le chantier, c’est une installation dont un maximum d’éléments a déjà été étudié et préparé.
Électricien+ – Sarvin Elec prépare une grande partie de l’installation électrique en atelier. Comment se déroule concrètement un projet, depuis la réception des plans jusqu’à la livraison ?
Vincent Gressard – Nous travaillons exclusivement sur plan puisque nous faisons du sur-mesure. Le client nous transmet son plan ainsi qu’une fiche de renseignements sur son projet. Avec un professionnel, les informations sont généralement suffisamment précises pour que nous puissions directement travailler et réaliser le chiffrage. Avec un particulier, nous prenons davantage de temps, par téléphone ou en visioconférence, pour comprendre son logement, ses besoins et réaliser une implantation électrique adaptée à la norme NF C 15-100.
Nous faisons ensuite une pré-implantation sur le plan. Cela nous permet de déterminer le nombre et le type d’équipements nécessaires et d’établir le chiffrage. Une fois celui-ci accepté, le client accède à notre plateforme en ligne. Il retrouve son plan implanté et peut déplacer une prise, ajouter un équipement ou modifier son projet. Le prix évolue alors en temps réel. Nous pouvons évidemment l’accompagner en visioconférence s’il ne souhaite pas le faire seul.
Une fois le plan définitivement validé, le dossier part en fabrication chez notre partenaire ADM. L’installation arrive ensuite sur le chantier généralement sous la forme de deux palettes : une pour la filerie et une pour l’appareillage.
Nous avons également développé un système de QR code apposé sur le tableau. En le scannant, le propriétaire peut retrouver les plans électriques, le plan du tableau, les notices des équipements et les documents liés à son installation. L’intérêt est aussi de conserver ces informations dans le temps. Si la maison est vendue dans dix ans, le nouveau propriétaire pourra lui aussi retrouver les documents.

Électricien+ – Quels gains constatez-vous réellement en termes de temps de pose, d’organisation et de risque d’erreur ?
V. G. – Sur le temps de pose, on peut gagner au moins 70 % de temps, puisque tout arrive préfabriqué. En général, quand un électricien pose 3 installations en traditionnel, avec la pieuvre il en pose 3 voire 4 dans le même laps de temps. Un électricien seul peut ainsi s’attaquer à des logements collectifs de dizaines d’appartements. Nous travaillons avec un électricien qui fait 80 logements par an. Le temps gagné n’est pas seulement sur la pose mais aussi en amont, puisque c’est notre bureau d’étude qui se charge des plans de câblages. De manière générale, c’est environ 2 à 3 heures de temps gagné en amont du projet.
Nous fournissons également les plans de pose cotés. L’électricien sait donc où positionner les boîtes et comment déployer la pieuvre. Il n’a plus à calculer toutes ses longueurs de câbles ni à déterminer sur le chantier où positionner les différents éléments : ce travail a déjà été réalisé par le bureau d’études.
Il y a aussi un vrai gain en organisation. Si l’on commande la pieuvre, le tableau et l’appareillage, tout arrive ensemble et tout a été prévu pour fonctionner ensemble. Avec notre tableau en version plug and play, les départs sont repérés des deux côtés et les connexions préparées. L’électricien n’a donc pas à ouvrir le tableau pour faire tout le câblage traditionnel.
Nous ajoutons même ce que nous appelons un stock tampon : quelques boîtes, appareillages ou connecteurs supplémentaires. Sur un chantier, il y a toujours un imprévu ou quelque chose qui évolue. L’objectif est d’éviter que l’électricien perde une heure parce qu’il lui manque une boîte ou un appareillage.
Cela ne dispense évidemment pas des compétences de l’installateur. Une fois sur place, il reste la pose, les raccordements, les contrôles et les vérifications de l’installation réelle. La préparation en atelier ne remplace pas ces étapes.

Électricien+ – Gagner du temps est intéressant, mais l’électricien doit aussi préserver sa marge. Une pieuvre préfabriquée reste-t-elle économiquement intéressante pour lui ?
V. G. – Oui, justement parce qu’il faut regarder le coût global et pas uniquement le prix du matériel. Nous avons des tarifs professionnels et l’électricien conserve la possibilité de prendre sa marge. Mais surtout, il gagne énormément sur son temps de main-d’œuvre.
Dans l’atelier ADM, 3 machines réalisent l’enfilage des fils dans les gaines, avec une capacité d’environ 80 gaines par heure. Cela réduit forcément fortement le coût de main-d’œuvre pour cette étape. Les appareillages et les matières premières sont également commandés en très grandes quantités. Grâce à l’automatisation et aux volumes d’achat, le coût d’une pieuvre déjà préparée et repérée n’est donc pas forcément beaucoup plus élevé que le coût des matières premières que l’électricien aurait achetées lui-même, alors qu’une grande partie du travail de préparation est déjà réalisée.
Au final, même en intégrant notre travail de préparation, l’écart sur la fourniture n’est pas forcément celui que l’on pourrait imaginer. Et derrière, l’électricien économise toutes les heures qu’il aurait consacrées à préparer lui-même son installation.
Nous estimons que le gain peut atteindre environ 40 % sur le coût global, selon le chantier. C’est particulièrement intéressant sur les opérations répétitives. Un électricien qui répond à un appel d’offres pour vingt ou trente logements similaires va immédiatement voir l’intérêt : moins de temps passé par logement signifie aussi davantage de chantiers réalisables avec les mêmes équipes.
Nous avons d’ailleurs eu, avec ADM, des professionnels qui étaient au départ assez réticents au préfabriqué. Ils ont essayé et, aujourd’hui, la plupart ne veulent plus revenir en arrière.

Électricien+ – Votre offre comprend également VMC, IRVE et maison connectée. Quelles sont aujourd’hui les demandes des clients ?
V. G. – En maison individuelle, nous avons finalement encore assez peu de demandes de domotique complète. Nous pouvons travailler avec des solutions Delta Dore ou Somfy, par exemple, mais la demande reste principalement concentrée sur des fonctions assez classiques, notamment les volets roulants. Dans le collectif, nous rencontrons davantage de projets où la solution domotique et la passerelle sont prévues dès le départ.
En revanche, ce que nous voyons vraiment progresser aujourd’hui, c’est l’IRVE. Nous avons beaucoup de demandes pour des prises renforcées et nous pouvons également prévoir des bornes de recharge. Parfois, le client ne souhaite pas encore installer l’équipement, mais veut simplement anticiper. Nous pouvons alors prévoir les gaines nécessaires pour qu’il puisse facilement évoluer plus tard.
C’est la même chose pour le photovoltaïque. Nous avons de plus en plus de demandes de gaines aiguillées en attente pour de futurs panneaux solaires. Même si l’installation n’est pas prévue immédiatement, autant anticiper les passages pendant la construction.
Nous pouvons également réaliser l’étude VMC à partir du plan, dimensionner le système et fournir le groupe, les gaines et les accessoires nécessaires. L’idée reste toujours la même : préparer le maximum de choses en amont pour que l’électricien reçoive sur le chantier une solution cohérente avec ses plans.

Électricien+ – Certains artisans pourraient justement craindre que cette préfabrication réduise leur rôle. La pieuvre prête à poser ne risque-t-elle pas de dévaloriser le savoir-faire de l’électricien ?
V. G. – Je ne le pense pas du tout. La pieuvre préfabriquée est un outil. Elle n’enlève pas le savoir-faire de l’électricien. Le câblage, la pose des prises et interrupteurs, les raccordements, les contrôles : tout cela reste son métier.
Nous pouvons d’ailleurs travailler de deux façons. Certains professionnels nous transmettent des plans entièrement implantés : ils savent exactement ce qu’ils veulent et nous demandent simplement de fabriquer la pieuvre correspondante. D’autres nous transmettent le projet et nous demandent de leur proposer une implantation. Nous nous adaptons.
Nous avons récemment travaillé sur cinq logements d’une gendarmerie. Le conducteur de travaux nous a transmis les plans avec l’implantation réalisée par l’électricien. Quand les palettes arrivent, l’installateur n’a plus à préparer toute sa filerie : il pose et raccorde.
C’est particulièrement pertinent aujourd’hui parce que les électriciens ont beaucoup de choses à gérer. S’ils peuvent économiser des heures sur des tâches qui peuvent être préparées en atelier, ils peuvent consacrer ce temps à des opérations à plus forte valeur ajoutée.
Notre objectif, c’est de lui faire gagner du temps et de l’argent – pas de le remplacer. Il reste celui qui connaît le chantier, réalise l’installation et effectue les raccordements et vérifications finales. Nous lui fournissons simplement un outil qui lui permet d’aller beaucoup plus vite.

Une préfabrication qui accompagne l’évolution du métier
Les équipements se multiplient dans une maison : recharge de véhicule, photovoltaïque, ventilation, réseau de communication, domotique. La préparation en amont pèse donc de plus en plus dans le métier. Sarvin Elec va au bout de cette logique : une installation quasi entièrement pensée avant même d’arriver sur le chantier.
Le travail de l’électricien reste entier. Ce qui change, c’est où se fait la préparation : une partie part vers le bureau d’études et l’atelier, pendant que l’installateur garde la main sur la pose et les vérifications sur le terrain. Pour l’artisan, l’enjeu devient alors autant technique qu’économique : passer moins de temps à préparer pour consacrer davantage de temps à installer, contrôler et enchaîner les chantiers.

Plus d’articles à retrouver dans le numéro Smarthome Electricien+ d’octobre 2026 !


