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Tableau électrique connecté : ce qu’il peut changer sur vos chantiers

Le tableau électrique ne sert plus seulement à distribuer et à protéger les circuits. Avec les modules communicants, les compteurs et les outils de supervision, c'est désormais là qu'on mesure et qu'on pilote l'énergie du bâtiment. Du simple relais connecté jusqu'aux installations KNX ou Modbus, l'offre des fabricants s'est beaucoup étoffée. Voici un tour d'horizon de ce que l'électricien peut proposer à ses clients.

Tableau électrique connecté : ce qu’il peut changer sur vos chantiers
Il est possible aujourd’hui de suivre très finement la consommation d’un logement. © Cédric Locqueneux

Pompe à chaleur, borne de recharge, panneaux photovoltaïques, batterie : les logements s’équipent, et tout cela doit être géré. Tous les circuits aboutissent au tableau. C’est donc le bon endroit pour mesurer les consommations, commander les équipements et surveiller l’installation.

Les modules communicants sur rail DIN rendent ce travail accessible. On peut ajouter du suivi de consommation, du délestage ou de la commande à distance sans reprendre toute l’installation. Les fabricants historiques de matériel électrique construisent des gammes complètes. Les spécialistes de la domotique, eux, misent sur des modules qu’on ajoute au cas par cas, bien adaptés à la rénovation.

Encore faut-il ne pas empiler des objets connectés pour le plaisir. Ce qui compte, c’est une installation qui tient dans la durée et qui répond aux besoins réels du bâtiment.

Mesurer, piloter, superviser

Tout commence par la mesure. Avec des compteurs communicants et des transformateurs de courant, on suit la consommation globale du bâtiment, mais aussi celle de circuits précis : chauffage, chauffe-eau, climatisation, recharge du véhicule électrique. On voit vite ce qui consomme le plus et on repère les anomalies. Ces données peuvent aussi déclencher des automatismes, ce qui devient très intéressant dès qu’il y a du photovoltaïque sur le toit.

Vient ensuite le pilotage. Les relais et contacteurs connectés commandent les équipements à distance, selon un programme ou dans des scénarios. Le chauffe-eau se lance en heures creuses. La recharge du véhicule s’adapte à la puissance disponible.

La supervision rassemble ensuite toutes ces informations. Selon la taille du projet, elle passe par une application mobile, une passerelle domotique ou une GTB. Pour l’installateur, c’est aussi un outil de diagnostic et de maintenance.

Legrand, Schneider Electric, Hager : des gammes complètes

Les grands noms de l’appareillage ont tous une offre pour équiper un tableau connecté dès le départ ou pour moderniser un tableau existant par étapes.

Chez Legrand, c’est Drivia with Netatmo : des contacteurs, des télérupteurs et des modules de mesure connectés, reliés à une passerelle. On pilote les circuits et on suit les consommations depuis l’application Home + Control. On peut commencer par quelques circuits prioritaires et en ajouter d’autres plus tard.

Schneider Electric propose plusieurs niveaux. En résidentiel, l’écosystème Wiser centralise la commande des équipements et le suivi énergétique. Les capteurs PowerTag Energy mesurent la consommation directement sur les départs compatibles, ce qui évite d’ajouter une rangée de compteurs modulaires.

Pour les installations professionnelles, EcoStruxure Panel Server récupère les données des équipements communicants et les transmet aux outils de supervision. Avec les produits de mesure et de protection de la marque, on monte une installation adaptée au petit tertiaire, avec sous-comptage et surveillance des équipements.

Hager associe le comptage, les automatismes KNX et la supervision domovea. La passerelle TXF121 envoie les données des compteurs compatibles sur le bus KNX. L’éclairage, le chauffage, les ouvrants et les consommations se gèrent alors dans la même installation.

L’intérêt de ces gammes est simple : tout vient du même fabricant, tout est prévu pour s’intégrer au tableau, et l’installation peut s’agrandir sans changer de système.

Shelly, Sonoff, NodOn : connecter l’existant

En rénovation, pas besoin de tout refaire. Des modules sur rail DIN suffisent souvent.

Shelly a une gamme pro très large. Le Pro 3EM mesure les consommations en triphasé, le Pro EM-50 en monophasé. Les Pro 1PM, 2PM et 4PM combinent la commande et la mesure de puissance sur un, deux ou quatre circuits. La marque propose aussi des modules pour volets roulants, des produits Z-Wave et des accessoires de communication. Selon le modèle, la connexion passe par l’Ethernet, le Wi-Fi, le ZigBee ou le Z-Wave. Ces modules s’intègrent facilement dans des systèmes tiers, en particulier les plateformes domotiques ouvertes, ce qui laisse beaucoup de liberté pour construire une installation sur mesure.

Shelly propose une vaste gamme de modules rail DIN pour les professionnels. © Cédric Locqueneux

Sonoff vend aussi des interrupteurs modulaires, les BASIC DIN RAIL, en version Zigbee ou Matter over Wi-Fi. Le compteur POW Ring mesure la consommation avec un transformateur de courant. Les POW Elite et des compteurs modulaires empilables complètent la gamme. Leur point fort : ils fonctionnent avec différents écosystèmes domotiques, sans imposer d’emblée une installation complète.

NodOn procède autrement. Ses boîtiers pour rail DIN, en version standard ou puissance, accueillent certains micromodules de la marque. En rénovation, c’est pratique pour regrouper les automatismes dans le tableau.

Finder et Eltako proposent aussi des modules et des solutions radio pour compléter une installation existante.

Avant de choisir, vérifiez les caractéristiques électriques, la place disponible dans le tableau, la qualité de la liaison et la maintenance sur le long terme. Un module bon marché qui perd le Wi-Fi tous les quinze jours finit par coûter cher en déplacements.

Wi-Fi, Zigbee, KNX ou Modbus ?

Le protocole détermine l’architecture du tableau, sa maintenance et ce qu’on pourra y ajouter plus tard.

Wi-Fi et Ethernet. Les modules se branchent sur le réseau informatique existant. L’Ethernet, filaire et stable, est bienvenu en tertiaire. Le Wi-Fi rend service en rénovation, à condition que le signal atteigne le tableau, ce qui n’est pas toujours le cas au garage ou au sous-sol.

Zigbee et Z-Wave. Ce sont des réseaux radio maillés, donc sans câble de communication à tirer. Il faut en revanche une passerelle compatible et une bonne couverture.

KNX. Ce standard ouvert, très répandu dans le bâtiment intelligent, fait dialoguer des produits de marques différentes. Sa version filaire, KNX TP, convient surtout au neuf et aux installations professionnelles.

Modbus. En RTU ou en TCP, on le trouve dans la plupart des compteurs, des automates et des systèmes de supervision énergétique.

Matter. Ce standard doit faciliter le dialogue entre objets connectés de marques différentes. C’est une option d’intégration supplémentaire, qui ne remplace ni KNX ni Modbus.

KNX pour les projets plus ambitieux

En résidentiel haut de gamme ou en petit tertiaire, KNX va plus loin qu’une série de modules connectés posés côte à côte.

Son architecture est décentralisée : les capteurs, les commandes et les actionneurs communiquent directement entre eux. Les automatismes de base continuent donc de fonctionner sans Internet ni cloud.

MDT propose des actionneurs de commutation KNX qui, selon les modèles, mesurent aussi le courant. On commande plusieurs circuits tout en récupérant des informations sur leur fonctionnement, utiles pour surveiller les équipements et gérer l’énergie.

La gamme MIX2 de Theben est modulaire. On assemble des actionneurs de commutation, de variation ou de chauffage selon le bâtiment, et on en ajoute plus tard si besoin.

Zennio, Gira, JUNG et Siemens proposent eux aussi des actionneurs, des interfaces et des outils de supervision KNX.

Le gros atout du standard est de pouvoir mélanger les marques selon les contraintes du chantier, tout en gardant une installation cohérente. En contrepartie, il faut maîtriser ETS et documenter soigneusement l’installation. Un tableau KNX mal documenté devient vite un casse-tête pour celui qui intervient après vous.

Le sous-comptage pour savoir où part l’énergie

Quelques modules connectés suffisent pour suivre trois ou quatre circuits. Dans un bâtiment professionnel, il faut souvent un comptage beaucoup plus complet.

Socomec propose DIRIS Digiware, un système modulaire qui multiplie les points de mesure et centralise les données. Il vise le tertiaire, où l’on veut distinguer la consommation de l’éclairage, du chauffage, de la ventilation et des autres équipements techniques.

WAGO aborde le sujet par l’automatisme, avec ses contrôleurs programmables PFC200 et ses modules de mesure d’énergie. Ils collectent les données et font tourner des automatismes adaptés au bâtiment.

Les compteurs communicants de Carlo Gavazzi et les analyseurs de réseau de Janitza complètent l’offre quand on veut suivre les paramètres électriques plus finement.

Ces solutions sont surtout utiles dans les bâtiments qui cumulent plusieurs gros consommateurs. À partir des mesures, un système de gestion d’énergie répartit la puissance disponible, écrête les pointes ou favorise l’autoconsommation photovoltaïque.

Le sous-comptage sert aussi à vérifier qu’une action d’optimisation a eu l’effet attendu et à repérer les dérives. C’est un outil de diagnostic et de suivi, pas seulement une liste de chiffres.

Surveiller aussi la sécurité

La connectivité ne sert pas qu’à économiser de l’énergie. Elle aide aussi à surveiller l’installation et à organiser la maintenance.

ABB propose InSite, qui associe une unité centrale, des modules de mesure et des équipements communicants. Le système regroupe les informations des différents circuits pour suivre leur fonctionnement.

Les PowerTag de Schneider Electric et les DIRIS de Socomec jouent le même rôle, avec des données directement exploitables par la supervision.

Contre les surtensions, CITEL et DEHN proposent des parafoudres équipés d’un contact de signalisation à distance. Une fois reliés à la supervision, ils signalent tout changement d’état, et l’intervention peut être planifiée sans attendre la prochaine visite.

C’est très utile en collectif et en tertiaire, surtout quand les tableaux sont répartis sur plusieurs sites.

Il faut en revanche penser à la cybersécurité dès la conception : segmenter le réseau, encadrer les accès à distance, suivre les mises à jour et limiter la dépendance aux services cloud. Un tableau relié à Internet est une porte d’entrée comme une autre.

Mesure, commande, protection, ne pas tout mélanger

Dans un tableau connecté, chaque appareil a son rôle, et ces rôles ne sont pas interchangeables.

La mesure renseigne sur le circuit : courant, tension, puissance, énergie consommée.

La commande met en marche ou coupe un équipement, selon un programme ou dans un scénario.

La protection assure la sécurité des personnes et des biens, avec les disjoncteurs, les différentiels et les parafoudres.

Un relais connecté ne remplace pas un disjoncteur, et un compteur communicant ne protège rien. Les modules connectés doivent être installés dans le respect des caractéristiques des circuits, des notices des fabricants et de la NF C 15-100.

L’avis d’Électricien+

Le tableau connecté ouvre de nouveaux marchés à l’électricien. En plus de la distribution et de la protection, il peut vendre du suivi énergétique, du pilotage et de la maintenance.

Les modules à ajouter conviennent bien à la rénovation. KNX et Modbus prennent le relais sur les projets plus lourds. Le bon choix dépend des usages, du budget, des évolutions prévues et des compétences de l’installateur.

Une mise en garde, tout de même : connecté ne doit pas vouloir dire compliqué. Un tableau rempli de modules dont personne ne se sert, c’est de la maintenance en plus pour rien. Chaque fonction connectée doit rendre un service que le client utilisera vraiment. Le reste, c’est de la vitrine.


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